Représentation

4 décembre 2012, 11h00
  • Danièle Desnoyers / Le Carré des Lombes

    Depuis les années 90, Danièle Desnoyers mène avec sa compagnie Le Carré des Lombes une trajectoire particulière, hors des sentiers battus, au sein du paysage international de la danse contemporaine. Son répertoire, constitué d’une vingtaine de pièces (Discordantia, Concerto grosso pour corps et surface métallique, Bataille, Duos pour corps et instruments, Play it Again!, Là où je vis, Dévorer le ciel, Paradoxe Mélodie, etc.) témoigne d’une vision s’appuyant sur les résonances interdisciplinaires entre le mouvement, la pluralité de la musique, les arts visuels et les technologies. La matière brute du son, sa dramaturgie, comporte pour elle un degré d’abstraction qui lui permet d’agir sur le langage du corps. Son œuvre phare, Duos pour corps et instruments (2003), tourne toujours à travers le monde, alors qu’elle travaille à la création de UNFOLD | 7 perspectives, dont la première a eu lieu au Festival TransAmériques les 30, 31 mai et le 1er juin 2019 dernier. Artiste engagée et pédagogue, Danièle Desnoyers est, depuis le 7 août 2019, Directrice du département de danse de l’Université du Québec à Montréal, ainsi que membre du corps professoral de cette même institution depuis 2012, où elle a reçu la majeure partie de sa formation professionnelle.

    • Sous la peau, la nuit
      • Anne Thériault, Karina Champoux et Paige Culley

        Photo: Luc Sénécal
      • Karina Champoux, Pierre-Marc Ouellette, Paige Culley, Tal Adler Arieli, Anne Thériault, Bernard Martin.

        Photo: Luc Senécal
      • Danièle Desnoyers

        Photo: Monic Richard

      Première Nord-Américaine juin 2012

      L’espace est dense et aussi profond qu’une nuit d’insomnie où le moindre bruissement éveille l’imaginaire. Les éclairages sublimes de Mikko Hynninen y percent des bulles charbonneuses et tamisées où Danièle Desnoyers dilate le temps dans une série de caméos chorégraphiques sur les âmes errantes du peuple de la nuit. Théâtrales, trois femmes y jouent des hanches, du regard et des artifices pour séduire, tromper l’ennui et la mélancolie. Plus distants, plus libres aussi de l’image qu’ils projettent, trois hommes répondent à leur folie, à leur exubérance, à leur sensualité; leur donnent un cadre et un terrain d’ancrage. Les rencontres sont fugaces, souvent électriques. Les étreintes se font parfois morsure et certains rires se transforment en sanglots dans les vapeurs d’alcool. Car la légèreté des atmosphères de cabarets qui twiste subtilement la danse tonique et raffinée de Danièle Desnoyers n’est qu’apparence. Sous la peau, la nuit est grave et lourde. Sous les masques de l’humour et des paillettes, les êtres sont fragilisés. Tout en pulsations et en évocations contrastées, l’environnement musical colore ces éclats de vies qui font écho à la mémoire collective.

      Profitant de résidences à Circuit-Est centre chorégraphique à Montréal, au Baryshnikov Art Center de New York, à L’Atelier de Paris - Carolyn Carlson et au TanzWerkstatt de Berlin, la chorégraphe a plongé aux sources du mouvement pour en extraire une nouvelle densité émotionnelle et pénétrer un nouvel univers de sensations et de désirs. Laissant l’œuvre se construire par accumulation de couches successives et le sens se frayer un chemin dans les mystères du corps, elle livre une chorégraphie de longs phrasés aux mouvements finement texturés qui rappelle que la danse a ce pouvoir de nourrir l’imaginaire en égrainant sa silencieuse partition au fil de l’œuvre musicale qui la complète.