Dépêche

Mardi 29 janvier 2019
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Photo: Alvin Collantes

Natasha Powell fait partie de la cohorte 2018-19 du projet Ontario-Québec. Inspiré par le succès de Jouer dehors, ce programme, qui vise le développement de compétences en diffusion de la danse auprès d’artistes qui s’auto-identifient comme appartenant à une nation Autochtone ou à une communauté racisée, est une initiative de CanDance Presenting Network, La danse sur les routes du Québec et Ontario Presents.

«Je suis une artiste professionnelle de la danse depuis environ 15 ans. La danse de rue était à l’avant-scène depuis plusieurs années, mais j’ai suivi une formation dans différents styles de danse. Alors que je vivais et travaillais à Vancouver en 2007, j’ai rencontré Moncell Durden, alias iLLL Kozby, du MOP TOP Crew. Il est venu donner des cours de danse hip-hop et house, et a présenté en avant-première un documentaire qu’il a produit et réalisé intitulé Everything Remains Raw; un documentaire qui souligne l’évolution et les similitudes des danses sociales provenant des communautés noire et latine aux États-Unis. J’ai toujours été intéressée par l’histoire des danses sociales noires, alors ce film m’a interpelée et j’y ai pensé pendant longtemps.

En 2011 lors d’une répétition tard en fin de soirée, je me suis déchiré le ménisque du genou gauche. Bien que j’étais frustrée et triste à l’époque, c’était vraiment mon corps qui me disait que j’avais besoin d’une pause, ce qui me donnait le temps de réévaluer ce qui était important pour moi comme interprète en danse.

En tant que danseurs, nous nous accordons rarement des pauses par peur d’être oubliés, en raison de considérations financières et parce que les occasions de danser sont peu fréquentes. Mais aussi frustrante qu’était cette blessure, elle m’ouvrait la voie à un tout nouveau chapitre de ma vie créative.

Quand vous avez du temps libre, votre esprit peut vous emmener à des endroits intéressants. J’ai donc décidé de rédiger ma démarche artistique; une chose que je n’avais jamais faite auparavant. J’ai commencé à écrire sur ce qui m’influence en tant qu’artiste, et la première chose qui m’est venue à l’esprit est la famille. Les soirées à la maison et les barbecues ont pris une grande place pendant mon enfance, et j’ai un frère et une soeur aînés qui ont grandi au plus fort de l’ère du hip-hop. J’ai toujours été sensible à leur façon de danser et d’interagir entre eux. Pendant ma période de rétablissement, Moncell était à Toronto et montrait le travail supplémentaire qu’il avait fait sur le documentaire. J’ai alors réalisé que les danses sociales étaient vraiment au coeur de mes œuvres, et c’est ce qui a suscité mon intérêt pour le langage vernaculaire de la danse jazz. Je voulais en savoir plus sur la raison pour laquelle la danse jazz qu’on m’a enseignée en tant que jeune danseuse n’avait aucun lien avec ses origines.

En 2013, j’ai reçu des subventions du Conseil des arts de l’Ontario et du Conseil des arts du Canada pour ma résidence à New York afin d’étudier les racines de la danse jazz et ses liens avec la culture hip-hop. Moncell a été mon mentor pendant cette résidence. J’ai eu d’excellents professeurs à New York: Margaret Batiuchok, une merveilleuse danseuse et une fantastique professeure de lindy hop; et Nathan Bugh, un danseur de jazz phénoménal. Non seulement j’ai dansé, mais j’ai aussi beaucoup lu. En revenant de cette résidence, j’ai réalisé que je voulais partager l’esprit de la danse jazz et son lien avec la culture hip-hop. Bien qu’il y ait plusieurs endroits où l’on peut sortir et danser le swing dans la ville, je voulais mettre sur pied une compagnie à Toronto qui présenterait, célébrerait et honorerait l’esprit de la danse jazz et les styles de danse auxquels elle a donné naissance (comme le hip-hop et le house). C’est ainsi que j’ai fondé ma compagnie, Holla Jazz.

Je me souviendrai toujours d’une citation du musicien Wynton Marsalis qui disait que «le jazz est la meilleure chose qui a émergé de l’esclavage». Le jazz n’est pas seulement une danse divertissante, c’est une danse importante. Créée aux côtés de la musique jazz, cette danse symbolise l’honneur des traditions ouest-africaines dans un nouvel environnement et, surtout, la libération de l’esclavage en prenant des circonstances insupportables et en les transformant en jours plus heureux. Des relations se nouent, et la communication avec ceux qui vous entourent s’établit, quelle que soit la langue que vous parlez, parce que la langue unificatrice est la danse et la musique. J’espère qu’avec Holla Jazz, nous pourrons continuer à transmettre les principes directeurs de la danse jazz et à en créer de nouveaux.»